Sagaviking vous propose un extrait de « Dormance », premier tome de la saga viking « La dernière veille des dieux » !

Lisez un extrait du roman Dormance !

couverture du roman dormance
Si vous ne connaissez pas encore cette saga qui se déroule au temps des Vikings, n’hésitez pas à lire cet article de présentation du roman.

Didrik ferma les yeux, et tendit les deux bras bien droits devant lui, en direction du petit blessé. Il présenta ses mains face au visage d’Osmond, en prenant soin d’écarter chacun de ses doigts. Il leva la tête vers le ciel, ferma les yeux. Puis il appela :

— Dieux Vanes ! Je suis Didrik, mage, fils de Vigdis, la chamane de Türgang. Je compte faire usage des pouvoirs que vous m’avez conférés pour extirper mon frère des griffes des Nornes dans lesquelles Fenrir l’a jeté. Je me place dès lors sous votre protection, refusant l’appel des dieux Ases, et du malfaisant Loki, que je tiens pour responsable de l’accident de mon frère.

À ces mots, un bourdonnement sourd se fit entendre. Le sol se mit à vibrer de manière à peine perceptible. Des bruits parvinrent de la cour : les chevaux piaffaient, renâclaient dans l’étable ; les volailles se dispersaient dans tous les sens. Vigdis regardait son fils, effarée.

— N’offense pas les dieux, fais attention !

Mais c’était trop tard. Il sentit un étrange fourmillement entre ses omoplates. Le fourmillement s’étendit par cercles concentriques dans ses épaules, dans ses bras, puis descendit jusqu’à ses coudes, ses poignets, jusqu’à se concentrer dans la paume de ses mains. Il ressentit brièvement une sensation désagréable de chaleur et de picotement à l’intérieur de ses paumes. Il ne le savait pas, mais ses bras étaient devenus violacés. Des volutes mauves se dessinaient autour de ses articulations. Seule Vigdis était témoin de cet étrange spectacle.

Didrik resta là quelques secondes, les paumes tendues vers l’avant, chaudes, moites, huileuses. Puis soudain, la chaleur devint tellement intolérable que ses genoux plièrent sous lui et qu’il tomba, les mains en avant, sur le corps inanimé de son frère. Alarmé à l’idée de lui avoir fait mal durant sa chute, il voulut se jeter hors de la couchette. Il se rendit compte alors que la chaleur disparaissait.

— Peut-être que…

Hésitant, il plaqua ses mains sur le torse tourmenté d’Osmond, lequel continua de s’agiter convulsivement quelques secondes avant de prendre une profonde inspiration et d’exhaler un halètement tranquille, jusqu’à obtenir une respiration harmonieuse. Émerveillé par son propre pouvoir de guérison, Didrik remonta lentement les mains le long du torse de son frère, puis longea son cou, avant de gagner son visage. Il plaça ses paumes en corolle, pouces joints, doigts écartés, formant une sorte de paire d’ailes au-dessus de la figure tuméfiée.

La sensation de brûlure revint, plus intensément cette fois. Il veilla à ne pas modifier sa position. Tout à coup, il sentit son pouvoir sortir de lui-même et se matérialiser en une sorte de faisceau lumineux. Il ne pouvait pas le voir de là où il se trouvait, mais sa mère assistait, stupéfaite, à la scène.

De petits filaments violacés sortaient de l’espace entre les ongles et l’extrémité des doigts de Didrik. Ces petits linéaments semblaient vivants, se tortillant dans tous les sens, comme s’ils voulaient s’extirper du corps de leur créateur. Quand ils entrèrent en contact avec la plaie du visage d’Osmond, ils marquèrent un bref mouvement de recul, puis se scindèrent en une myriade d’autres petites fibres, extrêmement ténues, qui formèrent une sorte de toile luminescente.

Au fur et à mesure que les brins se scindaient, la toile devenait de plus en plus luisante. Les fils se tissèrent jusqu’à former une sorte de formidable masque phosphorescent. Celui-ci flottait avec une extrême légèreté au-dessus du visage du garçon, accompagné d’un bourdonnement apaisant. Il vint enfin en épouser les contours avec une extraordinaire délicatesse.

Rompant la quiétude de l’instant, une violente pulsion de lumière violacée jeta Didrik au sol. Le masque s’illumina de façon tellement intense que Vigdis dut détourner le regard. Dans un formidable bruit de détonation, le masque fondit sur la figure d’Osmond, se coulant dans sa tête par les yeux, le nez, la bouche. Une lumière irradiait depuis l’intérieur de son visage.

Après quelques instants, l’éclat se déplaça vers sa poitrine. Vigdis était subjuguée par cette vision à la fois terrifiante et fascinante. Le corps de son fils était éclairé de l’intérieur : elle put y discerner le cœur, qui battait faiblement, mais qui s’emballa une fois devenu fluorescent, comme stimulé par la puissance thérapeutique de la lumière violette, ainsi que ses poumons, qui se gonflèrent à l’extrême lorsque l’éclat mauve s’empara d’eux.

Osmond resta ainsi quelques secondes, offrant une vision hallucinante de son être illuminé. En une fraction de seconde, tout s’arrêta.

 

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